Les marionnettes de l’Ombre – Orson Scott Card

Tome trois de la Sage des Ombres.

J’ai un poil moins apprécié ce tome, par rapport aux deux précédents. Peut-être parce que le côté politique prend un peu le pas sur le côté rapports humains. De plus, l’histoire d’amour entre Bean et Petra, même si je la trouve intéressante est parfois traitée de façon un peu trop mièvre à mon gout. Les personnages étant ce qu’ils sont, bien entendu ça reste d’un bon niveau, mais j’ai du mal avec la Petra amoureuse, j’avoue. Tout comme j’ai aussi un peu de mal avec un Bean devenu un géant, alors qu’il a toujours été plus petit que tout le monde.

J’ai un peu de mal à savoir aussi quel âge ont tous ces personnages et j’ai eu l’impression d’une incohérence quelque part. Certes, il s’écoule plusieurs années entre le retour des enfants de l’école de guerre sur Terre et ce tome-là, mais tout de même, que Bean en devienne capable de procréer, alors qu’il a huit ans lorsqu’il débarque sur Terre, c’est un peu surprenant. D’ailleurs, à un moment, OSC dit qu’il n’a connu ses vrais parents qu’à onze ans, alors justement qu’il n’a que huit ans à ce moment-là dans le tome précédent. Soit l’auteur s’est emmêlé les pinceaux et personne n’a relevé, soit l’incohérence est délibérée, et dans ce cas, ça me dérange quand même.

En revanche, j’adore toujours autant le personnage de Peter Wiggin (et de ses parents, ainsi que du rapport entre eux). Ce personnage me touche vraiment, par ses nombreuses failles.

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Deux ans de vacances – Jules Verne

On a donc ici la version enfants, ou plutôt, comme le dit Jules Verne lui-même, la version pensionnat de la robinsonnade.

Comme les pensionnats n’étaient pas mixtes à l’époque, il y a que des garçons, de huit à quatorze ans. D’ailleurs, il semble que la robinsonnade soit un genre où on trouve essentiellement des héros masculins.

J’ai hésité à le lire, car je suis en règle générale (sauf exception comme La Stratégie Ender, par exemple ou La Saga des Ombres, d’Orson Scott Card) assez peu amatrice de romans avec des enfants comme héros, et surtout des adolescents. Cependant, ici, ce sont des adolescents vus par un adulte du XIXème siècle et je pense que les adultes de l’époque les voyaient et les décrivaient de façon assez différente de ce qu’on fait maintenant. J’ai trouvé l’histoire pas super passionnante, à vrai dire. Pas désagréable à lire (c’est Jules Verne, ça ne peut pas être totalement mauvais), mais pas vraiment palpitant. Il y a quelques péripéties, bien entendu, et puis toute la partie exploration de l’ile puis installation qui fait toujours son petit effet.

Une des différence, par rapport à d’autres robinsonnades, c’est que l’auteur situe le lieu du naufrage sur une ile réelle. Cependant, la description qu’il en fait ne correspond pas vraiment à la géographie, pour ne pas dire, pas du tout. Évidemment, ses lecteurs n’avaient pas google maps à leur disposition.

Quand à la fin du roman, je lui reproche un peu la même chose qu’à L’Ile mystérieuse : ça se termine très vite et on n’a quasiment aucun détails sur le sauvetage et le retour.

Néanmoins, ce qui me dérange le plus, tout comme dans L’Ile mystérieuse également, c’est la différence que fait Jules Verne entre les personnes qui vivent cette aventure. Une différence de race et de classe. Parmi les enfants, il y a un jeune noir, mousse sur le navire. Il n’est pas du tout considéré de la même façon que les autres. Non seulement par les autres enfants (qui, semblent-ils, savaient déjà faire la différence entre les blancs qui sont les maitres et les noirs leurs serviteurs), mais même par l’auteur qui ne prend aucune distance avec cette façon de voir, ce qui prouve qu’il la partageait. D’ailleurs, lorsqu’il décrit le groupe d’enfants, en les citant l’un après l’autre, avec leurs caractéristiques (âge, nationalité, physique, caractère), il ne le fait pas pour Moko, le mousse, celui-ci ayant pourtant le même âge que les plus grands, comme si sa qualité de noir lui enlevait sa qualité d’enfant. Il y a même des phrases comme (je ne cite pas de façon littérale, mais seulement l’esprit, n’ayant pas le texte sous les yeux) : « Bien entendu, Moko, en tant que noir, n’eut pas le droit de voter » (à un moment, les enfants votent pour élire un chef). Nulle ironie dans cette formulation, mais la conviction que les choses doivent être ainsi. Vers la fin, une femme fait aussi naufrage sur l’ile et comme c’est une servante, elle reste au service des enfants qui, eux, sont fils de personnes aisées.

On parle souvent du racisme de Daniel Defoe dans Robinson Crusoe (ce que je trouve plutôt injuste, comme je l’ai souligné dans ma critique de ce livre, étant donné l’époque et surtout, la façon dont le personnage de Robinson traite Vendredi et les autres « sauvages » qu’il rencontre), mais personne ne semble faire allusion à celui de Jules Verne. Or, je le trouve personnellement moins excusable encore, étant donné qu’il y a presque deux siècles de différence (1719 pour Robinson Crusoe et 1888 pour Deux ans de vacances) et la Révolution Française entre les deux.

L’Ombre de l’Hégémon – Orson Scott Card

Deuxième tome, donc, de la Saga des Ombres. On est revenu sur Terre et les enfants vainqueurs des Doryphores ont regagné leurs foyers. Bien entendu, tout n’est pas si simple. Les nations, unies autrefois par la peur de l’invasion étrangère, ou plutôt ayant mis provisoirement leurs différents de côté, sont à nouveau libres de s’entretuer.

Mais il n’y a pas que les ambitions nationales qui risquent de faire exploser le monde. Un psychopathe mégalomane et pervers narcissique entend bien « mettre de l’ordre » sur Terre, ce qui veut dire prendre le pouvoir suprême et plier l’humanité à sa conception de ce qui est « juste ». Pire encore, cet individu n’a qu’une envie : faire disparaitre Bean de la surface du globe. À la fois parce qu’il le hait, mais aussi parce qu’il sait qu’il est le seul à pouvoir lui barrer la route. Le jeune garçon, qui va rapidement devenir un jeune homme aura besoin de toute sa science de la survie pour ne pas être abattu.

On aborde la politique fiction dans ce deuxième tome. L’équilibre des nations n’est plus tout à fait le même que celui que nous connaissons, mais Orson Scott Card a suffisamment étudié l’histoire et la politique de notre temps pour pouvoir en déduire une évolution plausible. C’est très intéressant. D’autant plus avec cet élément perturbateur qu’est le personnage d’Achille, redoutable psychopathe au charme vénéneux. Les anciens élèves de l’école de guerre et surtout ceux ayant participé à la bataille finale contre les Doryphores vont être sa première cible.

L’Ile mystérieuse – Jules Verne

Un des grands, grands classiques des robinsonnades que cette Ile mystérieuse. Avec un petit élément mystérieux (comme son nom l’indique), mais aussi science-fiction lorsqu’on rejoint le capitaine Nemo et le Nautilus. Mais ça arrive à la toute fin et le propos principal de Jules Verne n’est pas là.

Dans sa préface à Deux ans de vacances (une autre de ses robinsonnades), l’auteur parle des différences entre les récits déjà existants du genre, avec Robinson Crusoe ou l’homme seul, Le Robinson suisse ou la famille, Le Cratère (de Fenimore Cooper) ou la société. Dans l’Ile mystérieuse, il nous présente les savants aux prises avec la nécessité de la survie en partant du néant. Car, contrairement à ses deux grands prédécesseurs (Robinson Crusoe et Robinson suisse), Jules Verne jette ses personnages sur leur ile sans aucune ressource, même pas les moyens de faire du feu. Et grâce à leurs savoirs, ils vont en faire un petit paradis qui pourvoira à tous leurs besoins et même à leur confort.

Le grande majorité du récit est donc consacré à la façon que vont avoir ces cinq personnages (plus leur chien) de tirer parti des ressources naturelles mises à leur disposition par l’ile. Du minéral, du végétal et de l’animal, ils vont récupérer tout ce qui leur faut pour se nourrir, se vêtir, se loger et même avoir quelques loisirs simples. Ils vont même chercher à se sortir de leur solitude par la construction d’un navire capable de les porter sur une vaste étendue de mer. Car ils parviennent même à connaitre de façon relativement précise leur position sur la carte et réaliser qu’ils sont fort loin de toute terre habitée.

Si je devais faire des critiques, je dirais que la fin est un peu rapide. Attention spoiler  ! Faire disparaitre l’ile dans l’explosion du volcan peut paraitre maintenant cliché, mais peut-être que c’était nouveau, à l’époque, du coup je ne critiquerais pas trop là-dessus. C’est plutôt la rapidité des évènements et le sauvetage (qu’on sent bien venir quand même depuis plusieurs chapitres) qui arrive juste à temps que je critiquerais. fin spoiler

Mais ma plus grande critique serait plutôt la façon dont sont traités les personnages. Ça devait paraitre normal aussi, au moment où Jules Verne l’a écrit, mais il a tout de même une façon très différente de les appeler qui montre une hiérarchie évidente. L’ingénieur et le journaliste, autant dire les deux intellectuels, probablement de la classe bourgeoise, ont presque toujours droit à leur nom complet, parfois leur prénom ou M. Untel. Le marin est appelé par son nom de famille, et le plus jeune par son prénom, donc un nom unique. Quant au « nègre » (hé oui, Jules Verne dit bien « nègre ») il n’a droit qu’à un diminutif, comme le chien et le singe. Ça en dit long sur sa place dans la hiérarchie : au même niveau que les animaux.

À part ces critiques, le roman reste fort plaisant à lire, et même si j’avais un souvenir biaisé comme quoi on voyait le capitaine Nemo plus longtemps et que ses interventions étaient plus évidentes, je n’ai pas boudé le plaisir de ce côté un peu plus SFFF du texte.

La Stratégie de l’Ombre – Orson Scott Card

Tous les amateurs de SFFF, et particulièrement de Science-Fiction connaissent La Stratégie Ender, devenue depuis longtemps un classique du genre. Je l’ai lu et beaucoup appréciée, comme énormément de monde.

Je ne sais si vous vous souvenez du personnage de Bean dans ce roman. Un enfant encore plus jeune et plus intelligent qu’Ender. Orson Scott Card lui a écrit sa propre saga, La Saga des Ombres (quatre tomes), et son tome un suit les évènements de La Stratégie Ender du point de vue de Bean.

Personnellement, je préfère cette saga à La Stratégie Ender et ses suites (surtout ses suites, en fait). Dans ce tome un, on suit donc Bean, dont le destin avant son entrée à l’École de Guerre est bien différent de celui d’Ender. Pour lui, pas de famille aimante, pas de professeurs attachés à examiner le moindre de ses pas, mais la solitude, la faim, la peur et les rues froides d’une ville d’Europe où il va essayer de survivre parmi des orphelins devenus des bêtes féroces, à cause de leurs conditions de vie.

Bean s’en tire grâce à cette intelligence supérieure et il est repéré à cause d’elle, ce qui lui permet d’être tiré de la rue et envoyé à l’École de Guerre où il va rencontrer Ender et l’aider à gagner la guerre contre les Doryphores.

Outre l’aspect intéressant de lire la même histoire avec un autre point de vue, j’ai beaucoup aimé le personnage de Bean, au caractère forgé dans la souffrance et qui va peu à peu s’humaniser au contact des autres enfants. Cette évolution va d’ailleurs se poursuivre durant les trois autres tomes qui relèvent plus de la politique-fiction que de la science-fiction. Curieusement, alors que je ne suis pas fan des histoires qui tournent autour de la politique, j’adore cette saga. Peut-être parce qu’Orson Scott Card se place avant tout du point de vue des personnages et que c’est leurs relations qui est surtout importante dans le texte.

L’Indé Panda magazine

Magazine littéraire gratuit, l’Indé Panda publie des nouvelles d’autrices et d’auteurs « indépendants ». C’est-à-dire n’étant pas publiés par une classique maison d’édition, mais, pour la plupart, s’éditant eux-mêmes.

Numéro 1

Au sommaire : Dépendance de Nathalie Bagadey, Le Chef d’œuvre de Maître Osato de Patrice Dumas, La Femme sans visage de Marie Havard, A cœur perdu d’Edith Couture Saint-André, L’Horloger de Dean Venetza, Celui qui protège de Ghaan Ima, Crocodile de Balthazar Tropp, Votez Blanc ! de Bouffanges, Ad vitam aeternam d’Amria Jeanneret, Photos volées de Philippe Deniel, Le Monolithe de Khalysta Farall et La Mouche de Véronique Gault.

Qualité plutôt élevée pour ce numéro 1. Aucune de ces nouvelles ne m’a déplu, même si j’ai plus apprécié certaines et moins d’autres. Pour toutes, la qualité d’écriture est au rendez-vous et les thèmes intéressants. Ma préférée : Le Monolithe de Khalysta Farall, une histoire classique de boucle temporelle, mais bien menée. Celle que j’ai le moins aimé : La Mouche de Véronique Gault. J’avais déjà lu exactement la même histoire dans une BD d’Achille Talon et j’ai été déçue de voir que l’autrice ne s’en était pas écarté pour y introduire un élément fantastique, par exemple. Une qui m’a beaucoup touchée, c’est La Femme sans visage de Marie Havard. Ainsi que A cœur perdu d’Edith Couture Saint-André. Votez Blanc ! est une sorte d’hommage à Coluche et à sa candidature à l’élection présidentielle. Et Ad vitam aeternam d’Amria Jeanneret fait également partie de mes préférées.

Lapsus Clavis – Terry Pratchett

Composé d’articles de presse, de lettres, de discours, de souvenirs et de diverses réflexions, ce livre est presque aussi agréable à lire que les textes de fiction de l’auteur. On y retrouve bien entendu sa plume alerte et drôle, et on y découvre un homme modeste et jouant beaucoup sur l’auto-dérision.

Cependant, le ton s’assombrit vers la fin, lorsque Terry Pratchett découvre sa maladie d’Alzheimer. Les derniers textes sont plus difficiles à lire, pour cette raison. Et sa lutte contre la maladie, puis pour la possibilité de choisir le moment de sa mort, m’a laissé un gout amer. J’avais presque envie d’interrompre ma lecture, mais je suis tout de même allée jusqu’au bout.

À lire pour découvrir l’auteur du Disque-Monde et le « père » de personnages aussi attachant que Rincevent, Mémé Ciredutemps, Sam Vimaire et, paradoxalement (ou peut-être est-ce au contraire logique), la Mort.