Boudicca – Jean-Laurent Del Socorro

On peut faire entrer ce livre par la petite porte dans la catégorie SFFF à cause des rêves de Boudicca qui se révèlent prémonitoires. Ces rêves sont d’ailleurs provoqués sciemment grâce à un produit hallucinogène dont on ne connait pas la teneur. À part cela, ce roman serait plutôt à classer dans la catégorie « biographie imaginaire d’un personnage historique ». En admettant que le personnage en question ait réellement existé, ce qui reste encore à prouver.

Comme pas mal de personne l’ayant lu, j’ai été un peu frustrée par la fin qui est à peine esquissée, alors que le reste de la vie de Boudicca est très détaillée. Le parti pris de faire raconter cette fin par une de ses filles n’est pas mal, je trouve. Cela aurait juste peut-être mérité un développement plus long.

Sinon, le style est très agréable à lire et entrainant. On est dans la tête du personnage, lequel est assez inhabituel, comme personnage féminin. Du moins, avec notre vision actuelle. Parce qu’il est bien plus logique avec la vision de ce peuple à cette époque. Hommes et femmes n’avaient pas de rôles différents et il y avait autant de guerrières que de guerriers dans leur rang (Boudicca se demandent où sont les femmes quand elle aperçoit l’armée romaine). Cela m’a d’ailleurs un peu surprise lorsqu’on parle du mari de Boudicca (nom trop compliqué pour que je m’en souvienne) comme du roi des Icènes, alors que c’est elle qui est l’héritière de la couronne par son père.

La seule chose que je reprocherais serait peut-être des lenteurs, notamment lorsqu’on voit l’apprentissage aux armes de Boudicca. J’ai eu l’impression de relire plusieurs fois la même scène. De même lorsqu’elle dit et répète qu’elle a du mal à parler. Ça revient très (trop) souvent. Et il y a un côté un peu trop « tell » à cette affirmation que je ne vois pas vraiment être vécue par le personnage.

En bref : une lecture agréable, mais pas un coup de cœur, ni même ne méritant la note maximale, pour ma cote personnelle.

Le Fléau de Chalion – Lois McMaster Bujold

Coup de cœur avec ce roman de fantasy, premier tome de la trilogie Chalion.

Il y a dedans tout ce que j’aime dans un roman :

• Des personnages attachants, y compris des personnages féminins. Il est relativement rare que j’aime les personnages féminins dans les romans de fantasy. C’est le cas ici.

• Un monde très bien construit. J’aime particulièrement le système de religion avec les cinq dieux de la Sainte Famille : le Père (l’hiver), la Mère (l’été), la Fille (le printemps), le Fils (l’automne) et le Bâtard, sorte de dieu ayant des particularités qui peut faire de lui une représentation du Démon, mais pas seulement. Il est bien plus nuancé. On a même une querelle théologique avec un peuple voisin qui ne reconnait pas le Bâtard comme un dieu, mais comme un démon (eux ont donc quatre dieux) et martyrise ceux qui croient aux Cinq Dieux.

• Une histoire qui prend le temps de se développer, avec des parties plus lentes et d’autres pleines d’action. On se demande aussi jusqu’à la fin comment le héros va s’en sortir et la solution est plutôt étonnante.

Bref, je recommande fortement ce livre.

Pour l’instant, je n’ai pas vraiment envie de lire les suivants, mais je le ferais. Et surtout je suis très tentée par la saga SF de cette autrice, les Miles Vorkosigan.

Le Fantôme de Canterville – Oscar Wilde

Durant mon très long voyage du Lot et Garonne à Marseille (non seulement j’avais une heure d’attente entre deux trains, mais le deuxième a eu cinq heures de retard, j’ai bien avancé mes lectures), je suis tombé sur ce texte et je l’ai relu une Nième fois..

C’est amusant, parce que je me souvenais du côté amusant de ce conte (la tache de sang qui revient de toutes les couleurs y compris verte), mais moins de son côté mélancolique. Et je le pensais plus long.

Une lecture agréable de toute façon, l’humour anglais faisant toujours mouche sur moi.

Esclave des sens (T 1 des Psi-Changeling) – Nalini Singh

Troisième livre que je critique dans le style romance.

Bien que celui-ci m’ait déjà plus convaincue que les deux précédents (Hold et La Folie de Lord Mackenzie), du point de vue du développement du monde, c’est encore les codes et les clichés du genre romance qui m’ont le plus dérangée.

Donc, contrairement à ceux que j’ai lu précédemment, le background est déjà bien mieux développé. Ce monde divisé entre les trois espèces d’êtres intelligents : les Psis, les Changelings et les Humains, est plutôt bien construit, même si dans ce tome-là (je ne peux juger des autres, ne les ayant pas lus) ça reste quand même assez léger. Mais c’est déjà bien mieux que les deux que j’ai pu lire auparavant.

Tous trois sont issus de l’espère humaine, mais les Psis et les Changelings ont pris des voies différentes et assez opposées : une cérébralité totale pour les uns, avec disparition des émotions et construction d’un monde « parfait » où les déviants sont éliminés ; tout au contraire, l’animalité pour les autres, avec une plus grande polarisation sur l’instinct, l’émotion et les sens. On ne voit quasiment pas d’Humains « normaux » dans ce tome, d’ailleurs.

Je ne vous raconte pas l’histoire, mais on se retrouve à nouveau dans ces codes et clichés qui finissent par me faire grincer des dents. Les deux individus formant le couple de la romance sont parfaits physiquement : femme superbe et homme très viril. Je crois que je ne vais plus pouvoir lire les mots « muscles » et « musclé » sans hurler. Je vais même finir par les éliminer totalement de mes propres écrits.

De même, la tendance de l’auteur à répéter toutes les trois pages que le changeling est un mâle dominant et qu’il considère la Psi comme sa compagne et souhaite la « marquer », la dominer, a fini par me lasser.

Quant à la fin, elle est très expédiée (ça aussi, cela semble être un « code » assez courant dans la romance) et certains évènements trop rapides et peu crédibles.

Bref, une fois de plus, les reproches que j’ai à faire à ce texte semblent tenir au genre romance.

La Folie de Lord Mackenzie – Jennifer Ashley

Suite de mon voyage au pays de la romance. Tous les livres que je lis m’ont été recommandés par des personnes qui en lisent et qui ont essayé de cerner mes gouts.

Je dois dire que pour celui-ci non plus, ça n’a pas réellement fonctionné. Une lecture pas désagréable, mais frustrante car, à mon gout, tout (personnages, background et même histoire) est trop survolé. Les clichés inhérents à ce genre me dérangent aussi (personnages principaux représentant le couple toujours beaux, délicat pour la femme, musclé et de forte carrure pour l’homme).

Pourtant, l’idée de départ était bonne je trouve : ce lord est un personnage relativement atypique, dans la mesure où il semble souffrir d’autisme, mais là aussi, j’ai trouvé que c’était mal exploité. Pour un homme ayant du mal avec les relations humaines, je l’ai trouvé un peu trop à l’aise avec les relations sexuelles et une trop grande facilité à savoir comment faire plaisir à une femme. On explique bien, assez rapidement, qu’il a été initié par une femme qui lui aurait, en quelque sorte, appris comment faire, mais ça m’a tout de même paru trop facile.

Comme pour le précédent que j’ai lu, les « défauts » que j’ai trouvé à ce livre semblent provenir du genre en lui-même. J’en ai encore un autre à lire, mais je pense que mon opinion est déjà faite : la romance, avec ces codes bien établis, ce n’est pas pour moi.

Comme au bon vieux temps des locomotives à vapeur

Me voilà partie, la semaine dernière (du 25 juin au 2 juillet) pour un petit séjour dans le Lot et Garonne. Les légendes sur les retards habituels de la SNCF (Je me souviens d’un temps où cette entreprise se targuait d’être toujours à l’heure à la minute près. Cette époque est fort lointaine. Les retards de train sont désormais monnaie courante) ont semblées n’être que des légendes à l’aller. Je n’ai pas eu une minute de retard et mon train est arrivé exactement au bon moment, celui inscrit sur mon billet.

Mais le dieu-des-retards-de-trains ne devait pas être satisfait de cette exception, aussi a-t-il décidé de mettre le paquet pour mon retour. Ma correspondance jusqu’à Agen s’est déroulée sans problème et me voici enfin dans l’Intercités (ce qu’on appelait avant les trains corail) vers Marseille. Cela ne faisait pas une demi-heure que nous avions démarré que le train s’arrête en rase campagne, entre deux champs de blés. Annonce de la part du chef de train comme quoi il y a un incident technique et que le mécanicien essaye de réparer.

Il n’a pas réussi a réparer, aussi il a fallu faire appel à une aide extérieure, laquelle a mis cinq heures à résoudre le problème, dimanche et jour de grève n’aidant pas à la rapidité du service. Nous avons aussi bloqué la voie pour les autres trains se trouvant derrière nous, comme en témoigne cet article : http://www.ouest-france.fr/economie/transports/sncf/le-tgv-inaugural-paris-toulouse-cinq-heures-de-retard-5105825

La deuxième image de cet article, c’est le train où je me trouvais.

Cependant, malgré la fatigue due à un trajet de douze heures au lieu des sept heures prévues initialement, cette expérience n’a pas été désagréable. Les passagers sont restés calmes, détendus, du moins dans la partie où je me trouvais (mais même ailleurs, semble-t-il, à part un ou deux malaises qui semblent avoir été résolus rapidement). Les agents SNCF ont bien assuré leur rôle.

Comme il n’y avait plus d’électricité (c’était la jonction entre le train et la ligne électrique qui merdait), il n’y avait plus de climatisation. Si bien que les agents ont demandé et obtenu de pouvoir faire descendre les passagers qui le souhaitaient dans le champ qui bordait la voie. Personnellement, les marches étaient trop hautes jusqu’au ballast pour me permettre de m’y rendre, mais beaucoup de personnes se sont assises dans le champ de blé et cela a pris des allures de partie de campagne. Les gens discutaient entre eux. C’était plutôt sympathique comme ambiance.

La chose la plus gênante est restée le fait que les toilettes n’étaient pas trop accessibles, sauf urgence, vu que la chasse d’eau fonctionnant de façon électrique, il était impossible de l’actionner.

Vers le milieu de notre attente, des pompiers du coin sont venus nous apporter des bouteilles d’eau.

Et enfin, au bout de cinq heures quinze, une équipe dépêchée pour réparer a fini par réussir et notre motrice nous a tiré jusqu’à Toulouse où elle a été remplacée par une machine en meilleur état. Arrivée à Marseille à presque 22 heures au lieu des 16h40 prévue initialement.

Prendre le train à notre époque, c’est une véritable épopée, comme au bon vieux temps des locomotives à vapeur.

Fées, weed et guillotines – Karim Berrouka

Je suis assez proche du coup de cœur, avec ce roman. Il manque peut-être juste un peu d’attachement aux personnages pour que ce soit le cas. Comme c’est ce qui détermine le plus mon appréciation, ça fait un manque suffisant pour ne pas aller tout à fait jusque là.

Tout le reste est quasi parfait.

Un humour assez fin, à la fois suffisamment présent et suffisamment discret, en gros très bien dosé, pour me satisfaire. J’aime bien les récits avec un peu d’humour, mais parfois son omniprésence ou sa qualité (par rapport à mes gouts, bien entendu) me le font rejeter, et trouver pas drôle ce qui amuse d’autres lecteurs.

Une histoire assez captivante, avec des surprises, tout en prenant quand même le temps de se développer. Je n’ai rien contre les bouquins « haletants », mais j’aime bien aussi les récits qui se déroulent tranquillement, sans l’effet « page turner ». Originale, aussi, avec ces fées qui ne ressemblent en rien aux marraines de contes, et les nuitons, créations inédites de Karim Berrouka.

Revenons aux personnages, puisque c’est là que j’ai le moins accroché. En fait, ce n’est pas qu’ils ne soient pas intéressants. J’en ai trouvé même un très attachant, ce fameux Premier de la Classe, dont on ne saura jamais le nom. Seulement, je les trouve, pour la plupart, pas suffisamment approfondis.

Je trouve ça dommage, parce que Marc-Aurèle, par exemple, quoiqu’assez stéréotypé (le détective solitaire qui n’a que son boulot dans la vie), aurait pu devenir attachant et j’avoue même avoir envie de lire d’autres aventures avec lui. De même Jaspucine, parce qu’elle finit par s’ouvrir à la conscience que les humains ne sont pas tous ces êtres inférieurs que les fées imaginent, aurait également pu devenir intéressante.

Peut-être qu’un seul roman ne suffit pas et qu’il en faudrait plus pour que ces personnages prennent toute leur dimension. Espérons donc que Karim Berrouka aura l’inspiration pour nous conter d’autres aventures de Marc-Aurèle, Étienne et Premier de la Classe.

Le petit plus du livre : j’aime particulièrement la façon dont sont titrés les chapitres.