Caver Den – Xavier Portebois

Plus grosse nouvelle que novella, ce récit est très agréable à lire, mais donne hélas un gout de trop peu. À cause de la taille du texte, tout est un peu survolé et la crise se résout trop facilement

De même les personnages, qui ont tout pour devenir intéressants, ne sont pas assez développés. Du coup, je me dis qu’au moins le personnage principal, Linh, ferait bien dans une série où on le voit résoudre un problème à chaque épisode et où on le découvre un peu plus à chaque fois, lui et ses compagnons.

Je ne sais si l’auteur l’a prévu, mais je l’espère.

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Pinocchio – Carlo Collodi

Voici un classique de la littérature enfantine que je n’avais jamais lu dans sa « vraie » version. Du moins, si c’est le cas, cela fait si longtemps que je ne m’en souviens plus.

Bien entendu, comme beaucoup d’entre nous, j’en connaissais les épisodes principaux, notamment grâce au (très réussi, à mon sens) dessin animé de Disney, mais aussi à d’autres versions, notamment la série télévisée italienne datant de 1972, par Luigi Commencini, que j’ai vu quand elle est sortie à la télévision française en décembre de cette même année.

La traduction que j’ai lu date de 2001 et reprend le texte de Collodi dans une version non changée, ni retranscrite. Cependant, malgré qu’il date de plus de cent-trente ans, ce récit a des accents de modernité très intéressants. Il paru à l’époque en « feuilleton » et ça se sent un peu dans sa structure. C’est une apologie de l’éducation et de la culture, qui permet aux gens de s’élever dans l’échelle sociale, ou du moins, de vivre mieux.

Collodi connaissait bien ce problème, puisqu’issu lui-même d’un milieu modeste, il profita de l’aide d’un oncle pour faire des études qui ne lui auraient sinon pas été accessibles. Il y a aussi, dans ce texte, quelques attaques contre diverses autorités : justice, police, etc.

Bien plus sombre que les versions édulcorées dont nous avons l’habitude, le texte de Collodi est assez cruel et le pauvre pantin passe par des états parfois bien pire que celui de se transformer en âne. Je recommande cette lecture, ne serait-ce que pour revenir aux sources d’un des récits qui a le plus marqué la littérature enfantine d’abord, mais même la littérature tout court et l’imaginaire collectif.

L.A.d.D-M. – Terry Pratchett [Rincevent]

Rincevent

Rincevent est un mage peu doué, mais aussi, durant les deux premiers tomes de ses aventures, perturbé dans son apprentissage magique par un puissant sortilège ayant élu domicile dans son crâne (les autres sortilèges refusent de rester dans cette tête occupée par cette puissance maléfique).

Cependant, Rincevent n’est pas totalement démuni, car il est avantagé par un magnifique talent : celui d’être très peureux et d’avoir un instinct de survie sur-développé, ce qui lui permet de fuir le danger, du moins lorsque cela lui est possible. D’ailleurs, DeuxFleurs, dans Le Huitième Sortilège, le qualifie de boussole à danger. Si Rincevent n’a pas peur de quelque chose, c’est que le quelque chose en question est inoffensif.  L’autre don de Rincevent est celui des langues, ce qui lui permet de savoir dire « Au secours » dans un grand nombre d’entre elles.

La Huitième Couleur / Le Huitième Sortilège (The Colour of MagicThe Light Fantastic) :

Je ne sépare pas ces deux tomes, car ils forment une seule histoire, celle de Rincevent aux prises avec DeuxFleurs, le premier touriste du Disque. Il y a énormément de choses dans ces deux livres, ne serait-ce que parce que Terry Pratchett met son univers en place. On a affaire à une parodie de fantasy où les mages sont représentés par le plus nul d’entre eux, Rincevent lui-même, mais aussi par les huit maitres des ordres de l’Université de l’Invisible, aussi décadents que mesquins, et qui finiront mal. On voit aussi les barbares sous la forme du plus célèbres d’entre eux, Cohen, malheureusement parvenu à un âge canonique, donc édenté et perclus de douleur (hé oui, les héros ne restent pas jeunes toute leur vie).

Je ne vais pas continuer à énumérer tous les personnages, mais cette entrée en matière, bien que d’une qualité légèrement inférieure à la suite, est tout de même extrêmement agréable à lire, avec cet humour particulier qu’on retrouve chez les britanniques et encore plus particulier à cet auteur, et donne envie de continuer l’aventure, ce qui est le but de tout écrivain : vous rendre accro.

Sourcellerie (Sourcery)

On retrouve donc Rincevent dans ce cinquième tome des Annales qui tourne à nouveau principalement autour de la magie, puisque un Sourcelier, c’est un mage au carré, en quelque sorte (il doit être huitième fils de huitième fils de huitième fils). Il est d’ailleurs dit que ceux-ci n’existent normalement plus, à l’époque de notre histoire, car ces mages-là pratiquent une magie si puissante qu’elle met l’existence même du disque en danger. C’est d’ailleurs ce qui manque se passer et nous y rencontrons les quatre cavaliers de l’Apocralypse (non, ce n’est pas une faute de frappe, l’Apocralypse serait une sorte d’Apocalypse apocryphe).

Comme précédemment (dans La Huitième Couleur / Le Huitième Sortilège), notre brave Rincevent sauve le monde, contraint et forcé (il n’en a pas du tout envie, mais le destin ne lui demande pas son avis).

Je trouve qu’on entre ici tout doucement dans les meilleurs romans du Disque-Monde. C’est encore un peu jeune, mais la qualité progresse déjà par rapport aux quatre précédents. Comme toujours chez Pratchett, on retrouve des parodies de ce que nous connaissons bien. J’ai beaucoup aimé tous les personnages, de Conina, la fille cachée de Cohen le Barbare qui cache une ambition de midinette sous la lourde hérédité de son sang féroce, à Créosote, mauvais poète riche comme… Créosote, en passant par le génie de la lampe qui n’a rien à envier à celui de Disney en matière de modernité.
J’aurais cependant deux petits reproches à faire. Tout d’abord que les rapports entre Thune, le jeune sourcelier, et son bourdon rappelle un peu trop ceux d’Eskaterina et le sien dans La Huitième Fille. Et le deuxième que Terry Pratchett fait disparaitre son personnage à la fin du livre de façon un peu trop commode, pour ne pas avoir à le gérer ensuite dans le Disque-Monde. Je comprends ses raisons, cela serait devenu un peu difficile, mais cela m’a tout de même paru un peu trop aisé comme fin.

 

L.A.d.D-M. – Terry Pratchett [Les sorcières]

Mémé Ciredutemps et les sorcières :

Nous faisons connaissance dans le troisième volume des Annales du Disque-Monde de Mémé Ciredutemps, sorcière à Trou d’Hucques, un village perdu dans les montagnes du Bélier. De caractère affirmé, ce personnage féminin atypique entend bien plier le monde à sa vision des choses. Elle se montre en même temps très compassionnelle, mais à sa manière.

La Huitième Fille (Equal Rites) :

Dans ce premier récit avec Mémé, elle devient la mentor d’Eskarina, une huitième fille (son père étant lui-même un huitième fils, elle est destinée à la magie) qu’un mage près de la mort choisit comme successeure. Bien malgré lui, car il pense que c’est un garçon. Cependant, son bourdon ayant agréé cette bourde, c’est le destin de la petite fille qui va en être marqué.

Évidemment, le thème de cette histoire est l’égalité des sexes, les mages étant très machistes et pensant qu’on ne peut faire de magie « sérieuse » qu’en étant mâle. Mémé, quant à elle, pense de même, mais en inversant le côté « sérieux ». Les hommes, selon elle, ne sachant pas faire de la « vraie » magie qui consiste à s’appuyer sur les forces de la nature et non sur l’abstraction et l’intellect.

La seule chose que j’aurais à reprocher à ce livre, qui fait un pas de plus dans l’élaboration de ce monde (par la présentation des sorcières, notamment et de cette magie masculine et féminine), c’est que, par la suite, on n’entend plus parler d’Eskarina et de mages femmes à l’Université de l’Invisible. C’est comme si cet épisode n’avait jamais eu lieu.

Trois sœurcières

Le thème de ce roman est le théâtre et la façon dont il agit sur les gens et en particulier le théâtre de Shakespeare, car c’est sur la pièce Hamlet que l’auteur se base. En plus de mémé Ciredutemps, on fait plus ample connaissance avec d’autres sorcières du pays de Lancre. Magrat, qui ne fera que passer en tant que membre du convent et Nounou Ogg qui va devenir le deuxième membre du duo Mémé/Nounou. Très différente de sa consœur, mais d’un caractère tout aussi affirmé, elle règne en maitresse absolue sur tout un peuple de fils, filles, beaux-fils et belles-filles.

Encore un roman très réussi, avec des personnages attachants comme sait si bien les créer Sir Terry Pratchett. Même ses méchants sont pluri-dimensionnels.

L.A.d.D-M. – Terry Pratchett [La Mort]

La Mort

Le personnage de la Mort apparait déjà dans les livres précédents des Annales, mais c’est dans Mortimer qu’il devient enfin un des personnages principaux et qu’on le connait mieux. Il a toutes ses caractéristiques, y compris d’essayer de comprendre les Humains et leurs activités. J’aime beaucoup le perso de la Mort. Avant que mon amour pour Samuel Vimaire ne le surpasse, c’était même mon préféré des personnages récurrents des Annales. Ses efforts pour comprendre les Humains et ce qui les fait agir sont touchants. Ce n’est pas une mauvaise personne et il essaye de faire son travail avec « humanité », si on peut appeler ça comme ça.

Mortimer

Je n’ai pas grand-chose à dire de ce récit, sinon qu’il est dans la moyenne de la série, ni spécialement bon, ni particulièrement mauvais. Je le classe un peu au dessus des deux premiers, mais en dessous d’autres tel que Le Faucheur, par exemple.

Je ne suis pas très intéressée par le personnage de Morty. Je ne sais ce qu’il lui manque. Peut-être plus de développement, parce qu’on sent que c’est un personnage avec du potentiel, surtout lorsqu’il prend son rôle d’apprenti de la Mort au sérieux. Mais le côté adolescent qui fait des bêtises pour une fille, on ne peut pas dire que ça me passionne.

Ysabel et même Kéli sont des personnages plus intéressants, chacune dans son genre.

Les Annales du Disque-Monde – Terry Pratchett

Non, je ne découvre pas ce monument de la fantasy humoristique (et peut-être même le premier, Terry Pratchett étant considéré comme son créateur). Je vais ici faire la critique des divers tomes que je relis pour la… je ne me souviens plus combien de fois.

Il y a plusieurs façons de lire ces récits. En partant du premier jusqu’au dernier, ce qui a été ma manière la première fois, mais aussi celle-ci. En sautant de l’un à l’autre sans méthode, ce qui est bien également. Enfin, en suivant un des personnages principaux, car la plupart des livres du Disque-Monde tournent autour de l’un d’entre eux, bien qu’il y ait des exceptions.

Les articles de ces critiques vont suivre la troisième méthode, alors que je vais les lire dans l’ordre chronologique. Si bien que je sauterais d’un article à l’autre pour ajouter quelques paragraphes à chacun au fur et à mesure de mon avancée.

Juste un petit mot sur la traduction française : abusez-en, elle est excellente. Bien que lisant parfaitement l’anglais, je me régale à lire Pratchett en français pour rendre hommage à Patrick Couton, un traducteur hors pair, qui a d’ailleurs reçu le Grand Prix de l’Imaginaire pour ses traductions des Annales. Ce qui fait de lui un véritable bon traducteur, c’est qu’il suit l’esprit de l’écrivain et non exactement la lettre de ce qu’il écrit. Il expliquait ainsi que ne pouvant pas traduire certains jeux de mots, il ne le faisait pas, mais ne manquait pas une occasion d’en rajouter un qui ait du sens en français pour compenser.

Nous commençons, tout comme l’a fait sir Terry, par Rincevent, son premier personnage récurrent.

Le deuxième est Mémé Ciredutemp et les sorcières.

Nous trouvons La Mort comme troisième personnage.

Les Rougon-Macquart – Émile Zola (deuxième partie)

La Terre : J’ai l’impression qu’il y a plus ou moins deux styles de romans dans les Rougon-Macquart. Ceux qui racontent une histoire pas forcément très folichonne, mais où la violence reste relativement en retrait et ceux où elle éclate dans toute son âpreté. La Terre fait partie de ces derniers. Je l’avais déjà lu et j’avoue que j’ai eu plus de mal que plus jeune à me faire à cette brutalité. Je suis certaine que le genre d’évènements que nous raconte Zola dans ce livre a eu lieu, ce qu’on voit aux informations ne permettent pas d’en douter, mais ça m’a tout de même bien affectée. En dehors de ça, ça reste du Zola, c’est-à-dire très bien écrit, avec un rythme assez haletant par moment, et des passages plus lents, puisque l’histoire se déroule sur une dizaine d’années. Un très bon cru, mais très cru.

Le Rêve : Relu souvent, il faisait partie de mes préférés parmi les romans de Zola. Mon état d’esprit a dû changer, car j’avoue m’être ennuyée, cette fois-ci, à cette histoire de passion mystique. J’ai même lu la fin en diagonale et j’avoue ne pas trop savoir que penser de la conclusion, avec ce personnage qui est « enlevé au ciel ». Probablement encore un de ceux que je ne relirais pas.

La Débâcle : Contrairement à la plupart des autres, je n’avais jamais lu La Débâcle, le thème de la guerre m’intéressant peu. J’ai eu d’ailleurs beaucoup de mal à entrer dedans. D’autant plus que tout le premier tiers du livre raconte les atermoiements du commandement de l’armée française et les soldats passent leur temps à marcher d’un endroit à l’autre. Dans un sens, c’est fait exprès, car on ressent vraiment ce que devaient ressentir ces hommes : un mélange d’impatience et d’ennui. Comme on s’en doute, il fait partie des récits très violents, la guerre n’étant pas réputée pour être une douce et tendre période. Néanmoins, en utilisant plusieurs personnages, même si Jean Macquart est censé être le personnage principal, Zola nous emmène dans quasiment tous les aspects de la guerre, vu par les petits : soldats et habitants du pays, qu’ils soient bourgeois ou paysans. Je ne regrette pas l’avoir lu, mais il ne fera pas partie de ceux que je relirais un jour.