Les Bâtisseurs du monde – Paul-Jean Hérault

Tome deux de la série Cal de Ter, Les Bâtisseurs du monde se déroule près de six-cent ans après le premier tome. Cal s’est fait cryogéniser par HI, l’ordinateur loye (une race extra-terrestre qui a laissé une base très avancée technologiquement sur la planète sur laquelle Cal s’est posé, base qu’il a découverte à la fin du tome un) qui gère la Base. Réveillé presque six-cent ans après son premier séjour sur cette planète, il découvre que la civilisation dont il a jeté les bases ne s’est pas vraiment dirigée vers un futur tel qu’il l’aurait souhaité. Il va devoir lutter contre le fanatisme pour remettre les Vahussis, ce peuple autrefois pacifique, sur les bons rails et les libérer des prêtres soldats qui les ont réduits en esclavage.

Toujours agréable à lire, ce tome deux, avec la même réserve, mais en encore plus accentuée encore que dans le tome un : la technologie loye a un petit côté Deus ex machina, dans la résolution des problèmes. Aidé par cette technologie, Cal n’a guère de difficultés à jouer les dieux pour les Vahussis. Il découvre même d’autres peuples et refait avec eux, en moins prononcé, la même chose : chercher à les « civiliser ».

Il y a d’autres tomes de cette série, mais je pense que je vais m’arrêter là. Le style simple est sympa à lire, mais l’histoire fait trop artificiel et manque d’enjeu, finalement.

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Le jour où je serais cool

Vous verrez, un jour, je deviendrai cool. À la mode, à la page. Je serai une battante, une gagnante, une fille bien dans ses escarpins.

Un jour, je saurai porter des talons aiguille avec aisance. Mes vêtements seront classes, à la fois élégants, d’une discrétion de bon goût, mais avec un brin de fantaisie, juste ce qu’il faut pour se faire remarquer sans choquer. Parce que j’aurai la taille idéale pour tout mettre et que ça m’aille à la perfection.

Un jour, j’aurai un emploi parfaitement fait pour moi. Créatif et utile, passionnant et enrichissant à tous les sens du terme. J’aurai un salaire digne de mes capacités et il ne me sera plus nécessaire de compter chaque sous tous les jours du mois.

Un jour, j’aurai un appartement parfaitement rangé, avec tout ce qu’il faut, là où il faut. Rien d’inutile qui traine dans les coins. J’aurai des meubles assortis les uns aux autres, modernes et discrets. Des meubles en vrai bois, clairs et bien pensés. Des objets utiles et beaux. Le sol sera toujours nickel et il n’y aura jamais de poussière nulle part.

Un jour, j’aurai des animaux à pedigree. Un petit chien à faveur rose qui mangera du saumon, sera presque aussi intelligent qu’un humain et d’humeur toujours joyeuse. Un chat à la fois dédaigneux et doux qui dormira en poses élégantes sur son coussin de soie sauvage et jouera à pattes de velours en faisant des ronrons.

Un jour, j’aurai un ami raffiné qui m’emmènera d’un coup de tête en Italie ou dans le Grand Nord et avec qui je discuterai de sciences et d’art.

Un jour, je sortirai tous les soirs dans des lieux où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Un jour…

Dreamers – Kane Banway

Longue nouvelle de cinquante pages, Dreamers nous fait entrer dans l’univers étouffant de Nami, une jeune femme solitaire, qui essaye de survivre à Paris dans un monde préapocalyptique, puisqu’il est prévu que le soleil va dévorer la Terre vingt-deux ans plus tard.

Quelques maladresses de formulation et quelques coquilles gênent un peu la lecture de ce texte autoédité chez Bookelis. À part ça, j’ai bien apprécié la simplicité du propos, qui se concentre sur les personnages, tout en nous faisant entrapercevoir ce Paris du futur, entre réchauffement climatique et vie morne en attendant l’inévitable mort de l’humanité, dans deux décennies.

Dans une longue postface, l’auteur relaie les réactions de ses lecteurs, qui regrettent que la nouvelle se termine où un roman pourrait commencer. C’est effectivement l’impression que cela peut donner.

La Guerre des Gruulls

Dès les premiers paragraphes on sent bien la SF des années 70, celle qui a bercée mes premières années d’amatrice du genre. On imagine donc bien la nostalgie et le plaisir que j’ai eu à lire ce livre.

Un texte court, quelques défauts, notamment des passages assez « tell », mais ça ne m’a pas gênée pour apprécier.

Je n’ai pas pu m’empêcher de rire, cependant, lorsqu’un des personnages a besoin d’aller développer des photos qu’il a prises. C’est fou ce que la SF peut vite vieillir, niveau technologie, en si peu de temps. Dans trente ans, j’imagine que les lecteurs s’amuseront aussi de nos explications technologiques du futur. Certaines choses sont impossibles à prévoir.

Le Diable amoureux – Jacques Cazotte

Grâce à cette nouvelle, datant de 1772, Jacques Cazotte est considéré comme ayant ouvert la voie à la littérature fantastique en France.

Pour attirer le narrateur, don Alvare un jeune espagnol, dans ses rets, le Diable prend la forme d’une délicieuse jeune fille et parvient presque à ses fins en se prétendant amoureux.

Que dire de cette courte histoire ? Rédigée dans le style assez lourd et pompeux de son époque,  assez difficile à lire pour les lecteurs-trices du XXIe siècle, elle nous raconte les affres de don Alvare, partagé entre son désir pour cette belle fille et la conscience que cette créature ne cherche qu’à le perdre.

Une des critiques des lecteurs de son époque a été que la fin est trop courte et la conclusion trop rapide. Je suis d’accord avec cette opinion. Après avoir fait monter la tension, l’histoire se résout en quelques paragraphes. L’acmée, moment où le Diable se révèle et promet, en plus de l’amour de la jolie Biondetta qu’il a incarné, la puissance et la fortune au jeune homme, se termine brusquement par le réveil d’Alvare. On apprend alors que le Diable a abandonné le combat, car l’espagnol a su lui résister. Dommage, c’est un peu court comme conclusion. J’imagine mal le Diable se contenter d’un : « Tu veux pas ? OK, ben ciao alors. »

La Ménopause des Fées – Gudule

J’avais pas mal entendu parler de cette autrice, essentiellement pour les livres jeunesse, mais la littérature jeunesse n’étant pas ma tasse de thé, je n’avais encore jamais mis un œil dans ses ouvrages. Et puis j’ai profité d’une promotion Bragelonne pour me payer ce tome un du Crépuscule des Dieux. À priori, l’histoire avait tout pour me plaire. Je suis assez cliente lorsqu’on prend des personnages légendaires et qu’on les triture un peu à la sauce moderne.

Las, rien dans ce texte ne m’a plu. Pour moi, aucun des personnages n’est attachant, ni Merlin, ni les trois petites fées qui l’accompagnent. Pas plus que les autres, humains, donc plus ordinaires, qui les entourent. Certains de ces persos sont carrément répugnants, comme le nain Damned. Et j’ai trouvé un côté malsain dans pas mal de péripéties.

Sans compter des t’ucs qui m’ont vraiment dé’angée, comme faire pa’ler le Noi’ en enlevant tous « r ». Et de faire du nain un méchant sadique, parce que tu comprends, on l’a moqué sur sa taille quand il était petit, alors maintenant… J’ai eu l’impression de voir des clichés assez vomitifs. Je sais bien que c’est de la parodie, mais, personnellement, ça ne m’amuse pas du tout quand ça prend des chemins si balisés.

Bref, certaines personnes semblent apprécier, mais chez moi, c’est pas du tout passé. Je ne lirais pas la suite, bien entendu. Et probablement plus aucun texte de Gudule.

Le Bossu – Paul Féval

Le Bossu a été le roman que j’ai le plus souvent relu, dans mon adolescence et ma vie de jeune adulte. Je ne sais de quand date la dernière lecture avant celle-ci, mais ça faisait quelques dizaines d’années que je n’avais pas remis les yeux dans cette histoire. À l’occasion d’un sujet sur La Mare aux nénuphars, j’ai eu envie de m’y replonger. Avec une crainte : que la magie n’opère plus, après tant de temps et l’évolution normale de mes gouts.

Crainte vaine : Le Bossu a su me séduire tout autant à 61 ans qu’il l’a toujours fait au cours du reste de ma vie. Toujours la même émotion, toujours la même angoisse quand le héros est au plus bas. L’histoire et les personnages m’ont faite vibrer de la même manière.

Juste une légère restriction : je trouve la conclusion trop rapide et la résolution pas très crédible. Ça c’est l’œil de la bêta lectrice qui a été réveillé entretemps. Peut-être était-ce aussi mon sentiment autrefois, mais je ne m’en souviens pas.

Néanmoins, je ne peux que recommander ce roman de capes et d’épées à tou.te.s celleux qui aiment ça. À mon gout, un des plus réussis du genre.