Le singe, l’idiot et autres gens – William C. Morrow

Ces nouvelles sont presque toutes frottées d’une légère ombre de fantastique. Une de mes préférées étant Devant une bouteille d’absinthe, peut-être parce que c’est celle qui est le plus tournée de ce côte-là. Le faiseur de monstres est assez effrayant et nous fait entrer dans l’antre de Frankenstein. Une femme de marbre n’est pas sans rappeler La Vénus d’Ille. Pour d’autres, l’histoire peut aussi être interprétée de façon plus rationnelle, même si le doute plane.

Pas très gaies, pour la plupart, étant donné que la mort y est omniprésente. Rares sont les personnages qui s’en sortent à la fin. Néanmoins, j’en ai trouvé la majorité fort intéressantes, très originales et agréables à lire. Si je devais faire un parallèle avec un auteur américain, je dirais que c’est du Poe qui ne serait pas ennuyeux (parce qu’il faut reconnaitre que le style de cet auteur est parfois lourd et peut lasser). Les personnages sont souvent émouvants ou monstrueux, mais ne laissent en tout cas pas indifférent.

La résurrection de la petite Wang-Tai, Devant une bouteille d’absinthe, Un stylet, Le prisonnier, Le perfide Velasco, Un sépulcre d’or, Une vengeance originale, Le faiseur de monstres, L’honneur pour enjeu, Un irréductible ennemi, Une femme de marbre, Une histoire contée par la mer, Le talisman fidèle, Deux hommes singuliers.

 

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Wild Heart – Lily Haime

Comment dire… je n’ai pas vraiment aimé. Alors oui, même si je n’ai pas lu énormément de romances, je commence à avoir une – toute petite – expérience et, clairement, ce roman tient plutôt le haut du pavé. Pour les amateurs-amatrices du genre, c’est surement du nanan.

Alors qu’est-ce qui fait que je n’ai pas accroché ?

Peut-être la voix du personnage, ou du moins sa façon de dire tout le temps « je suis dangereux » (je trouve qu’il le dit plus souvent qu’on le voit vraiment) ou alors ses descriptions détaillés de la façon dont son amoureux est habillé (perso, une fois que j’ai compris le style, merci, j’en ai rien à faire de savoir précisément la couleur du jean et des baskets qu’il porte ce jour-là), la phrase « il est beau » répétée à l’envie.

Peut-être le côté « je t’aime, moi non plus » de la relation. Ok, je comprends bien que le perso est censé avoir un caractère violent, mais les relations à base de beignes, désolée, mais ça ne me branche pas.

Ou alors, en dernier lieu, le fait de faire mourir des personnages secondaires à la fin, histoire d’en rajouter une couche dans le côté sombre. Parce que la vie, c’est une saloperie, t’as compris ? Ou qu’en même temps, ces personnages ne soient pas non plus un des persos principaux, mais juste suffisamment proches pour que ça fasse bien mal au narrateur. Mais pas non plus des enfants, ce ne serait pas juste non plus.

J’ai eu un peu l’impression que l’autrice réagissait comme moi : je me voyais tuer un des personnages pour faire un rebondissement douloureux, mais pas non plus un de ceux que j’aime le mieux.

Du point de vue style, il est plutôt agréable, mais trop redondant à force. Je m’en suis lassée.

Ce qui m’a le plus touchée, finalement, ce sont les lettres que le perso écrit à son compagnon. Je ne suis pas sure qu’un homme ayant apparemment peu de culture soit capable d’écrire de telles lettres (mais après tout, pourquoi pas, s’il est spécialement doué), mais elles étaient émouvantes.

Histoires Grotesques et Sérieuses – Edgar Allan Poe

Recueil de dix textes de Poe traduit par Baudelaire, les Histoires Grotesques et Sérieuses en comprennent au moins deux très connues : L’Ange du Bizarre et Le Corbeau (ce dernier, en plus de la traduction en prose du poème de Poe, compte un commentaire détaillé de la façon dont l’auteur a composé son œuvre).

Je n’ai pas apprécié ces dix textes de la même façon. J’en ai trouvé certains d’un intérêt moyen, notamment les deux, très longs, qui décrivent un paysage par le détail (Le Domaine d’Arnheim et Le Cottage Landor).

J’ai beaucoup aimé Le Corbeau et les explications qui entourent sa création, les détails de raisonnement dans le Mystère de Marie Rogers ou Le Joueur d’échecs de Maelzel, l’étrangeté de L’Ange du Bizarre, et je me suis bien amusé à sa Philosophie de l’ameublement. La conclusion de Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume est évidente dès le départ. Je n’ai rien de spécial à dire sur les autres textes (bien que Un événement à Jérusalem m’ait mise un peu mal à l’aise, tellement je l’ai trouvé trop réaliste).

De Bons présages – Terry Pratchett, Neil Gaiman

Relecture de cet extraordinaire roman écrit à quatre mains par deux des meilleurs écrivains de SFFF de la fin du XXe siècle et début du XXIe.

Je ne sais par où commencer pour chanter ses louanges. Les personnages ? Tous intéressants, tous attachants, leur côté « ordinaire » ne les rend que plus touchants. Même les êtres surnaturels ont ce côté « ordinaire » comme Rampant et Aziraphale, sans compter Adam, bien entendu. Même les quatre cavaliers sont réussis, chacun dans leur genre. Et il y a la Mort. Même si ce n’est pas tout à fait la même que celle du Disque-Monde, on sent la patte de Terry Pratchett avec ce personnage.

L’histoire se construit petit à petit en passant d’un personnage à l’autre, selon une technique assez en vogue chez les auteurs anglais, pour ceux que j’ai déjà pu lire. Là aussi, on sent l’influence de T.P. Comme je connais moins les ouvrages de Neil Gaiman (pas du tout, en fait, je ne crois pas avoir rien lu à part celui-ci), peut-être que c’est son style aussi. Une histoire que personnellement je qualifierais de feel good, parce que tout s’arrange à la fin, même les dégât matériels qui paraissent ne pas pouvoir être repêchés le sont.

Enfin le style d’écriture, avec cet humour subtil, un peu moins marqué que dans le Disque-Monde, mais tellement bon !

En dernier lieu, mention spéciale à Toutou, molosse des Enfers.

Le Golem – Gustav Meyrink

Il est difficile d’écrire sur ce texte étrange et atypique. Le style est superbe (et fort bien traduit), mais l’histoire est si curieuse que j’ai eu du mal à y entrer. Finalement, je me suis laissée porter par la musique des mots sans chercher à bien comprendre. Et je crois que c’est une des manières de lire ce récit. Parce que ce texte nous promène du réalisme des habitants du ghetto de Pragues aux divagations du personnage principal, lequel ne sait jamais s’il rêve ses expériences ou s’il les vit vraiment.

Le Golem, ici, est plus symbolique que réel et la fin achève de brouiller des pistes déjà bien emmêlées.

Phase 5 – Nathalie Haras

Grosse nouvelle d’une cinquantaine de page, Phase 5 nous emmène dans un zoo. Enfin, un zoo un peu particulier puisqu’il abrite non des espèces animales, même extraterrestres, mais d’anciennes divinités, pour la plupart des aliens qui ont pris ce rôle auprès des humains. « Réveillées » par un procédé qui leur rend leur apparence, mais pas leur pouvoir, elles occupent des chambres et servent de distraction à ceux qui viennent les voir. Au milieu d’elles, Jolène, qui se trouve là volontairement et qui est la dernière des Véliniens, un peuple dont le sang contient la puissance des anciens dieux.

J’ai beaucoup aimé le début du texte. La relation de Jolène avec le dieu déchu qui occupe momentanément sa chambre. Je suis moins fan de la fin et du twist qu’on y lit, même s’il est bien construit et inattendu.

Déraag – Alain le Bussy

Plus novella que roman, ce court texte d’Alain le Bussy a complètement fait mouche sur moi. Enfin, mon premier coup de cœur 2018 qui ne soit pas une relecture. Je me suis attachée au personnage principal, Ion, mais contrairement à d’habitude, je n’aurais pas été déçue par sa mort à la fin du récit. D’une certaine façon, je l’aurais trouvée logique. Il n’en est rien, même si la conclusion reste en demie teinte.

Le roman démarre comme un texte de fantasy, mais tourne à la SF vers le premier tiers, ce que j’ai beaucoup aimé. Ion est loin d’être un héros surpuissant. Il fait preuve de faiblesse, se trompe, est battu, ne sait pas toujours où il va, mais il gagne tout de même à la fin, d’une certaine façon, même si c’est une amère victoire.

De même, les antagonistes ne sont pas tout noir non plus. Parmi eux, il y a également les bons et les mauvais. Ces nuances sont très appréciables.

Enfin, même s’il est difficile de le développer en si peu de pages – 158, c’est court – j’ai trouvé le monde bien construit et le style très agréable. J’ai envie de lire d’autres ouvrages de cet auteur que je connaissais, sans jamais avoir rien lu de lui.