Les Mines du roi Salomon – Henry Rider Haggard

Évidemment, vu l’époque où ce texte a été écrit, on y trouve beaucoup de racisme (« intelligent, pour un sauvage » ; « bel homme pour un noir »), mais je dirais que c’est un racisme « bienveillant ». Les personnages africains ne sont pas tous décrits sur le même type, et certains sont même décrits de façon positive par l’auteur. J’ai même vu l’expression d’un relatif respect pour les mœurs et coutumes des tribus rencontrées.

Pour ce qui est du récit, il a dû paraitre extrêmement original en son temps. Même maintenant, où pourtant ce genre d’histoires est plus commun, je l’ai trouvé agréable, facile à lire, même si la fin a un petit parfum de deus ex machina assez classique dans les récits d’aventure.

Days – James Lovegrove

Jusqu’à la fin, j’hésitais à placer ce bouquin dans mes coups de cœur ou simplement dans ceux que j’ai beaucoup aimé sans aller jusque là. C’est le dernier chapitre, et sa fin heureuse pour certains personnages, en même temps que tragique pour d’autres, qui a déterminé le basculement. Et la furieuse envie de lire d’autres écrits du même auteur.

Au début, l’histoire m’a beaucoup fait penser à Au Bonheur des dames, un de mes Zola préférés entre tous (avec son binôme : Pot-Bouille). Il y a à peu près tout ce qu’on trouve dans son grand ancêtre : la description d’un grand magasin (ici plutôt un archi-grand magasin, puisque la taille du bâtiment est gigantesque, deux kilomètres et demi de long et une centaine de mètres de haut, c’est d’ailleurs ce qui justifie le côté anticipation du texte), du point de vue d’employés, des patrons et des client(e)s.

Même si aspect-là occupe plus des deux tiers du récit et que l’histoire proprement dite, le drame qui va se nouer entre les protagonistes que l’on suit, ne démarre qu’assez tardivement, je ne me suis pas du tout ennuyée au cours de cette longue exposition. J’oserais même dire que si elle avait durée tout le livre, sans qu’une histoire spécifique ne finisse par émerger, ça m’aurait plu quand même.

Bref, très bonne lecture, que je recommande.

Histoires Grises – Edouard Tavernier

Quatre nouvelles, dont le ton varie entre la mélancolie, le réalisme et l’humour, mais restant toujours dans un ton gris, comme leurs noms l’indiquent. Pas de « fin heureuse », mais des destins qui vont à vau l’eau en prenant des chemins ridicules ou tristes voire les deux.

J’ai trouvé tous les personnages attachants, on suit leur histoire avec intérêt et on espère toujours qu’ils vont s’en sortir sans trop de mal. Ce ne sera pas le cas, mais pour moi, qui aime une lueur d’espoir dans un récit, je n’en veux pas à l’auteur, parce que déjà il m’a avertie avec son titre, je savais à quoi m’attendre, mais aussi parce que c’est si bien conté qu’il y a malgré tout une certaine douceur dans cette amertume. On sent qu’il a aimé ses personnages.

Contes cruels – Villiers de l’Isle-Adam

Ces historiettes sont très diverses. Certaines poétiques ou émouvantes, beaucoup humoristiques (avec un humour qui me fait parfois penser à Alphonse Allais, notamment un côté qu’affectionnait le maitre de l’humour, celui de la « science-fiction pour rire »), la plupart féroces, comme leur titre général le suggère.

Il s’y mêle souvent aussi une critique politique où Villiers de l’Isle-Adam égratigne sans pitié la classe de ces bourgeois repus que chantait Brel.

Enfin, dans au moins deux d’entre elles, on touche au fantastique : Véra et L’Intersigne, deux histoires de fantômes et de prémonition.

Le tout est très plaisant à lire, avec le style précis et riche de cet auteur.

Dukkha : Fumeterre – Jean Milleman

Ce livre est un recueil de nouvelles se passant toutes dans le même univers : la planète Fumeterre, une sorte de planète poubelle où mutants, radasses, anges déchus et keupons essayent tant bien de mal de survivre, entre les pluies d’acide et le jus, une drogue locale.

Publiées d’abord dans deux recueils : Fumeterre et Bienvenue sur Fumeterre, elles ont été plus récemment rééditées en numérique avec le titre Dukkha : Fumeterre.

L’univers est très cyberpunk, mais un cyberpunk post-apo, un peu dégueu, mais fort intéressant. Dans chaque nouvelle, les personnages sont attachants que leur histoire soit racontée à la première ou troisième personne. Le vocabulaire est d’ailleurs très familier, sans tomber dans la vulgarité. Et chaque récit montre une facette de ce monde, qui se construit ainsi peu à peu devant nos yeux, kaléidoscope de boue et de chairs meurtries.

Le tout est si cohérent qu’il a fallu que je fasse une recherche, après lecture, pour me rendre compte que c’était au départ des nouvelles indépendantes. Certes, on voit bien qu’on change de perso à chaque fois, mais tout s’inscrit parfaitement bien dans les rues de Fumeterre.

Enfant du chaos – Eva Simonin

J’ai eu un peu de mal à entrer dans le livre, le personnage principal, au début, était plutôt banale, ce qui n’est pas forcément gênant, mais ça manquait d’enjeux. Et aussi, à part ceux qui l’entouraient immédiatement, je me perdais un peu dans les autres personnages, assez nombreux.

Et puis, il y a eu un twist concernant Anielle (la perso principale) et dès lors, ma lecture a été plus intéressante. J’ai juste trouvé son retournement de la fin amené trop rapidement. J’aurais aimé lui voir exprimer des doutes pendant plus longtemps et son évolution être plus lente et plus logique. En même temps, le cliffhanger entre le dernier et l’avant dernier chapitre aurait sans doute été moins prenant.

Une bonne lecture donc et qui l’a tenue en haleine jusqu’au bout.

Le Portrait du mal – Graham Masterton

On imagine bien, avec un tel titre, qu’on a là affaire à une histoire semblable au Portrait de Dorian Gray. Et c’est tout à fait ça, les personnages ayant pour nom de famille Gray d’ailleurs.

Masterton retourne d’ailleurs le mythe comme une peau de lapin (et si vous lisez ce texte, vous saurez à quel point le mot « peau » est approprié) pour faire de son récit la genèse de celui d’Oscar Wilde.

Du fantastique horrifique, genre qui n’est pas réellement de ceux que je préfère, mais j’ai beaucoup aimé ce texte, qui m’a donné envie de relire son grand ancêtre.

Les personnages sont fascinants de barbarie et aucun ne s’en sort indemne, y compris les « bons » qui vont devoir vendre leur âme au diable pour sauver leur famille. J’ai particulièrement apprécié la course poursuite dans les tableaux, un final haletant et érudit.